– Le vêtement de travail : normes différenciations, négociations. Consortium de Recherche Autour du Vêtement au Travail (CRAVAT)

Projet porté par l’équipe Travail, institution, professions et organisations du Centre Max Weber (UMR 5283)

 2018-2021

Découvrir l’exposition virtuelle

« Le travail sous toutes ses coutures »

Ce projet est né de la rencontre d’un photographe avec une ingénieure en méthodes visuelles, des sociologues et des juristes, et de la conviction que la fenêtre que propose la photographie peut ouvrir de réelles perspectives pour co-produire et diffuser les savoirs des sciences sociales.
Pour ce faire, il ne s’agit pas de penser l’image comme illustration d’un propos sociologique ou juridique, mais de travailler de concert en profitant des apports propres à chaque discipline et de leur mise en synergie.
Résumé

Ce projet se situe dans la continuité du travail de l’équipe Travail, Institutions, Professions, Organisations (TIPO, Centre Max Weber) qui entend, via différentes approches théoriques et enquêtes empiriques, rendre compte des réalités sociologiques du travail contemporain, ses modalités d’organisation, ses transformations institutionnelles et culturelles.

Il s’intègre dans l’axe Travail et sociétés de l’appel à projets et prend comme objet de recherche le vêtement de travail, traité, non de manière synchronique ou diachronique pour en comprendre les évolutions, mais comme un analyseur qui cristallise des normes et des contraintes (sociales, institutionnelles, juridiques), une division du travail, des parcours dans la carrière, des interactions au travail ou encore des esthétiques. Ces composantes du travail seront étudiées à travers des terrains de recherche situés dans différents mondes de travail, dans le secteur public comme dans le secteur privé, dans l’industrie ou l’artisanat.

Axe 1 – La question des règles, normes et contraintes

Les vêtements de travail reflètent les règles, normes et contraintes en vigueur dans le milieu de travail concerné. Dans certains cas, ces règles ne sont pas négociables : ainsi les vêtements de sécurité dans l’industrie, le dress code dans de nombreuses activités de services (livraison repas, hôtesses d’accueil, banque…) Leur non-respect équivaut potentiellement à une perte d’emploi. En effet, le vêtement de travail relève parfois de l’obligation ou de l’interdiction. Un employeur peut ainsi obliger ses salarié·es à porter des équipements de sécurité. En conséquence, à quelle pluralité de normes et règles vestimentaires assistons-nous, d’un métier à un autre, au sein d’un même métier ou contexte de travail ?

Axe 2 – Les effets de la division du travail

Le monde du travail procédant de divisions et de positions hiérarchiques définies et entretenues, nous nous interrogerons ici sur la manière dont cette division affecte le rapport au vêtement de travail, mais aussi sur ce que dit l’habit professionnel de la place de chacun dans tel ou tel monde du travail (entreprise, institution, etc.). J. Peneff (1992) a bien décrit comment la manière dont les médecins portent leur stéthoscopes permet de se distinguer des “non médecins” portant eux aussi blouse blanche.

Axe 3 – La différenciation genrée

Les nombreuses études sur ce sujet ont montré l’importance de la différenciation sociale selon le genre, souvent symbole d’inégalité entre hommes et femmes, tandis que l’effacement des différences est aussi à l’œuvre dans certains milieux. Nous nous intéresserons ici aux marqueurs vestimentaires, imposés, souhaités ou implicites, au sein d’un même métier dit masculin ou féminin, au sein de métiers où hommes et femmes cohabitent, mais aussi aux lieux où cette différence fait l’objet de controverses.

Ainsi, les candidates au concours d’esthéticienne (meilleur apprenti de France) portent-elles une blouse blanche, mais surtout, ont toutes les cheveux longs, coiffées avec un chignon ou plus rarement avec des nattes. Chez les modèles, toutes ont les cheveux longs avec quelques chignons donnant le fameux « coiffé décoiffé ». Autant de marques de la féminité et de la manière dont elle doit s’incarner dans le métier. Les physiques apparaissent aussi plutôt formatés : outre la coiffure, le maquillage est de fait obligatoire, chaque visage a son fond de teint, même chez ces jeunes femmes à la peau impeccable et où on se demande quelle imperfection pourrait être à cacher.

Axe 4 – L’esthétique, le propre et le sale

Une part de la réalité du vêtement en général concerne l’esthétique, les choix stylistiques faits par des créateurs ou leurs commanditaires. Bien qu’il soit rarement question de cet aspect lorsqu’on pense au travail, et aussi quand on l’étudie en sciences sociales (hormis l’histoire), nous nous y intéresserons dès lors que les normes et contraintes peuvent être déterminées par une esthétique, de même que les choix faits par des sujets au travail peuvent être le signe d’une singularisation, d’un parti pris stylistique pointu. Certaines tenues de traiteurs par exemple sont faites sur mesure, noires, avec quelques fantaisies ici et là au gré des souhaits exprimés par les artisans. Mais alors, y a-t-il une mode, avec des faiseurs de tendances, des suiveurs, un cycle d’obsolescence de celle-ci ? et si tel est le cas, comment cela fonctionne-t-il ?

Méthodologie

Ce projet est né de la rencontre d’un photographe avec une ingénieure en méthodes visuelles, des sociologues et des juristes, et de la conviction que la fenêtre que propose la photographie peut ouvrir de réelles perspectives pour co-produire et diffuser les savoirs des sciences sociales. Pour ce faire, il ne s’agit pas de penser l’image comme illustration d’un propos sociologique ou juridique, mais de travailler de concert en profitant des apports propres à chaque discipline et de leur mise en synergie.

La recherche du collectif CRAVAT (Collectif de Recherche Autour du Vêtement Au Travail) a pour ambition de dresser un éventail de diverses réalités professionnelles en utilisant le vêtement comme catalyseur de normes et de contraintes, d’une division du travail, de parcours dans des carrières et d’interactions au travail.

L’enquête photographique est menée à partir de terrains de recherche variés, explorés par des sociologues du laboratoire Centre Max Weber et éclairés par des juristes du CERCRID (Centre de Recherche Critique sur le Droit). À travers la lecture plurielle offerte par ces trois figures d’enquêteurs, il s’agit de traiter du vêtement au travail sous toutes ses coutures tout en rendant visible les coulisses de cette recherche création.

Equipe de recherche

Au sein de l’ENSEIS, Cédric Verbeck, sociologue et enseignant-chercheur, a participé à cette recherche-création, aux côtés d’une équipe composée d’un collectif interdisciplinaire, universitaire et non-universitaire :

Estelle Bonnet (MDC Lyon 2, CMW), David Desaleux (photographe), Michèle Dupré (Chercheure CMW), Jean-Paul Filliod (MDC Lyon 1, CMW), Samia Ait Tkassit, Consultante, (CMW), Mohamed Amara (Enseignant chercheur, université de Bamako, CMW), Patrick Rozenblatt (PU, Lyon 2, IETL, CMW) Djaouida Sehili (MDC Lyon 2, IETL, CMW), Tanguy Dufournet (doctorant CMW), Philippe Charrier (Chercheur CMW), Yves Grasset, (Chercheur associé, université jean monet), Jeanne Drouet (ingénieur d’étude, CMW), Emanuelle Mazuyer (DR CNRS, CERCRID), Sylvaine Laulom (PU CERCRID), Farida Khodri (MDC CERCRID), Malthide Julie, (MDC CERCRID), Sophie Jullio (MDC CERCRID).