– La Covid-19 et le sans-abrisme. Enquête sociologique sur l’engagement et l’éthique de l’action des intervenants du médico-social auprès des sans-abri

Projet financé par l’ANR suite à un appel à projet Recherches-actions Covid
2020-2022

Résumé

Cette enquête sociologique collaborative initiée lors du premier confinement avec des intervenants sociaux et sanitaires de l’urgence sociale à Saint-Étienne vise à documenter et analyser les ajustements de l’action publique en situation de crise sanitaire et ses conséquences pour celles et ceux qui la mettent en œuvre d’une part et, qui en sont les destinataires, d’autre part. Elle articule trois dynamiques interdépendantes d’analyse :

1/ La dynamique de l’engagement institutionnel envers les sans-abri. Comment le secteur associatif et les pouvoirs publics travaillent-ils ensemble dans ce contexte de crise ? De quelle manière les relations institutionnelles en sont-elles transformées : selon quelles collaborations, concurrences, résistances (Laville et Salmon, 2015) ? Sur quoi reposent l’éthique de l’action et la considération de la dignité des personnes ? Cet axe de recherche interroge ainsi « la décence des institutions » (Margalit, 2007) qui prennent en charge des personnes doublement vulnérables dans le contexte de crise sanitaire.

2/ La dynamique professionnelle des intervenants du médico-social, acteurs de « première ligne » dans la mise en application de l’action publique. Comment les professionnels infléchissent-ils leurs actions souvent en urgence, pour protéger les personnes accueillies et se protéger eux-mêmes ? Ce deuxième axe interroge la part invisible du métier et ses ressorts d’action afin de comprendre et d’expliquer comment en sont reconfigurées les pratiques professionnelles (Kuehni, 2020 ; Lenzi, 2018), le sens du/au travail ainsi que les formes de l’engagement associatif.

3/ Les conséquences sur les destinataires de l’action. En quoi les mesures prises influent-elles sur les conditions d’habitat précaire et le non-recours aux droits ? En quoi modifient-elles leurs parcours institutionnels d’accès à l’hébergement et au logement ? Alors que la crise sanitaire a impliqué des réorganisations institutionnelles et fait émerger de nouvelles règles sanitaires et sociales au sein même des institutions, on se demandera ainsi dans quelle mesure celles-ci concilient gouvernement des conduites (Foucault et al., 2004) et considération des droits sociaux et humains au sein du système assistantiel.

Méthodologie

La méthodologie envisagée se décline en deux phases interdépendantes qui poursuivent la recherche exploratoire menée pendant le premier confinement/déconfinement.

Dans un premier temps, il s’agit de poursuivre l’enquête qualitative, par entretiens et observations, auprès des acteurs associatifs de l’hébergement, de l’aide alimentaire, du soin ainsi qu’auprès de la gouvernance associative (environ 30 entretiens). Des entretiens seront également menés avec une vingtaine de personnes sans abri, hébergées, en squat ou en hôtel, destinataires de l’action. Pour choisir la population à enquêter nous proposons de croiser deux variables – la situation résidentielle et la temporalité de l’accueil –  à des fins méthodologiques et analytiques pour modéliser des situations typiques : hébergement individuel temporaire (ex : hôtel) ; hébergement individuel pérenne (ex : Centre d’hébergement et de réinsertion sociale : CHRS diffus) ; hébergement collectif temporaire (ex : Centre d’hébergement d’urgence : CHU, squat) et hébergement collectif pérenne (ex : CHRS collectif, maison-relai).

Dans un second temps, nous proposons de mobiliser une méthodologie participative et interventionnelle avec l’ensemble des participants. Dans notre approche, la méthode d’analyse en groupe (Campenhoudt, Chaumont et Franssen, 2005), portera l’objectif d’associer les acteurs concernés dans la production de l’analyse et l’élaboration de perspectives pratiques pour répondre aux problèmes de l’assistance aux sans-abri rendus visibles par la crise de la Covid-19. Très souvent utilisée avec des professionnels impliqués dans le traitement des problèmes sociaux, cette méthode d’analyse est néanmoins peu mobilisée avec les personnes en situation de vulnérabilité (Delavaloire et al., 2020). En cela, l’innovation apportée concernant cette méthode sera d’impliquer également les sans-abri, destinataires de l’assistance. Cette phase méthodologique fait action en elle-même car elle facilite les échanges entre des personnes occupant des places sociales différentes d’une part et, favorise la réflexivité des acteurs ouvrant des possibilités de changement social, d’autre part.

Pour mettre en œuvre cette enquête de terrain, nous nous appuyons sur la collaboration déjà en cours avec des associations représentatives du système d’assistance aux sans-abri de la métropole stéphanoise (secteur « Accueil Hébergement Insertion »).

Equipe de recherche

L’équipe est composée de 5 chercheuses et chercheurs.

  • Marine Maurin, sociologue, membre de l’ESPASS ENSEIS (chercheuse associée au Centre Max Weber et au CREMIS) est responsable scientifique de la recherche.
  • Pascale Pichon, sociologue, professeure des Universités, Université Jean Monnet à Saint-Étienne, Centre Max Weber (UMR 5283).
  • Gabriel Uribelarrea, sociologue, membre de la Chaire des publics de l’intervention sociale de l’Université de Grenoble et du laboratoire PACTE (UMR5194).
  • Cédric Verbeck, sociologue, chercheur à l’ESPASS ENSEIS et membre associé au Centre Max Weber (UMR 5283).
  • Lola Vives, doctorante en sociologie à l’Université Jean Monnet à Saint-Étienne et au Centre Max Weber (UMR 5283).